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ECONOMIE / Marché du travail : la crise et les réformes l’ont chamboulé

Publiée le 06/07/2017

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Quelles sont les principales évolutions du marché du travail depuis dix ans ? Dans une étude publiée ce 4 juin, l’Insee souligne l’impact qu’a eu dès 2007 la crise économique sur le marché de l’emploi. Si depuis 2016, les créations d’emplois connaissent une embellie, la crise —et certaines réformes— ont cependant laissé des traces. Ainsi, entre 2007 et 2016 le sous-emploi a augmenté, la part du nombre d’actifs en CDI a diminué au profit en partie des CDD, le phénomène du temps partiel s’est renforcé, le chômage de longue durée a augmenté… Sur cette période encore, le taux d’activité des jeunes de 15 à 24 ans, gravement victimes du chômage, accuse un net recul tandis que le taux d’activité des séniors (les personnes âgées de 55 à 64 ans) progresse, cela dû en grande partie aux différentes réformes sur les retraites. Bref, en 2016, le visage du marché du travail n’a plus les mêmes traits que celui de 2007.

La crise amorcée à la mi-2007 a marqué de son empreinte le marché du travail indique en substance l’Insee dans son étude publiée ce 4 juin. Dès 2008, l’emploi a accusé un recul de 0,5% puis de 0,8% en 2009. Bilan souligne l’Insee, une perte de 360 000 emplois en deux ans.

2009 sera pour l’emploi (26,7 millions de personnes en emploi) l’année la plus noire de la décennie. Malgré une reprise des créations d’emplois ensuite, il faudra attendre 2013 pour que le niveau de l’emploi dépasse celui de 2007.

En 2015, les créations d’emplois nettes atteignent 124 000. Selon les estimations sur l’emploi salarié et les prévisions sur l’emploi non salarié, les créations nettes atteindraient un total de 255 000 en 2016. Sur ces deux dernières années, les créations nettes ne relèvent que de l’emploi salarié note l’Insee.

A la fin de 2015 indique encore l’institut de statistiques, on compte 27,3 millions de personnes en emploi. 24,5 millions occupent un emploi salarié. 2,8 millions un emploi non salarié, soit un emploi sur dix. De 2009 à 2013, le nombre de non salarié a été en augmentation.

Cela est dû à la création en 2009 du statut d’autoentrepreneur (transformé en statut de micro-entrepreneur en 2014). La monté en charge de l’emploi non salarié a contribué positivement à l’emploi pendant plusieurs années analyse l’Insee remarquant une mutation au sein de la population des non-salariés. Dès 2009 en effet, la part des non-salariés « classiques » a diminué car une partie des entrepreneurs individuels qui dégagent un faible chiffre d’affaires ont choisi le statut d’autoentrepreneur.

Net recul du coût du travail

Du côté de la population salariée, les années d’après la crise de 2008-2009 n’ont pas été fastueuses au plan de la situation de l’emploi. Après deux années de « redressement » en 2010 et 2011, l’année 2012 se traduit par un nouveau recul de l’emploi. Ce n’est qu’à partir de 2013 que l’on note une reprise de l’emploi lequel a suivi les variations de l’activité économique, soit l’évolution du PIB (produit intérieur brut).

Au-delà de ce lien de cause à effet, d’autres raisons expliquent l’amélioration de la situation de l’emploi depuis 2013. Pour l’Insee, différentes mesures ont favorisé l’enrichissement de la croissance en emploi. Au fil des années, la moindre augmentation annuelle du coût du travail aurait participé à booster l’emploi.

Jusqu’en 2012 l’évolution moyenne du coût du travail était proche de +3% par an. Après avoir nettement ralenti en 2013 (+0,5%), il n’augmente plus depuis que d’un peu plus de 1% par an. Par quelles mesures a été obtenue cette modération du coût du travail ? En réponse, l’Insee cite le CICE (créé en 2013) et les mesures du Pacte de responsabilité et de solidarité, (notamment la réduction du taux de cotisations patronales au titre des allocations familiales) mais aussi la prime versée à l’employeur d’une PME pour l’embauche d’un salarié (en CDI ou CDD).

Pour l’Insee, ces différentes mesures auraient à court terme directement enrichi la croissance d’environ 250 000 emplois salariés marchands de 2013 à 2016. L’Insee indique par ailleurs que pendant ces années les politiques d’emplois aidés ont impacté positivement l’emploi. L’effectif de bénéficiaires d’emplois aidés (contrats aidés, contrats en alternance ou autres dispositifs) a augmenté de 113 000 entre la fin 2007 et la fin 2016 dont 79 000 au titre des contrats aidés.

L’art de la flexibilité

Si l’Insee souligne l’impact positif de ces différentes mesures, reste que l’institut insiste aussi sur les transformations —pas forcément positives— intervenues depuis 2007 au plan de l’emploi. Ainsi la part des CDD dans l’emploi salarié a légèrement augmenté, par paliers depuis 2007. Cela jusqu’à atteindre et se stabiliser en 2016 à 10,5% de l’emploi salarié. Cette montée en charge des CDD ces dernières années a eu lieu au détriment des CDI.

Après une décennie de stabilité la part des actifs en CDI a reculé de 1,2 point en France métropolitaine de 2007 à 2016. Les trois-quarts de cette baisse des effectifs de CDI s’est faite au profit des CDD analyse encore l’Institut.

Autre conséquence de la crise, la part de l’intérim a reculé en 2009 notamment dans l’industrie pour remonter progressivement à 2,7% de l’effectif salarié en 2016. En France métropolitaine, la part de l’intérim est même supérieure à ce qu’elle était en 2007 (2,4%). L’intérim est utilisé comme un volant de flexibilité par les entreprises et sert d’ajustement en cas de retournement de la conjoncture. Le poids actuel de l’intérim conduit donc à penser que les employeurs ne sont pas tout à fait disposés à pérenniser les emplois.

Précarité croissante de l’emploi

Autre effet de la crise, la progression ces dernières années du phénomène du temps partiel… Pas forcément choisi par les salariés. Ce phénomène touche 7,7% des hommes et 30,4% des femmes. En 2016, 19,3% des salariés travaillaient à temps partiel, soit près de 4,4 millions de personnes.

En recul en 2008, le temps partiel a progressé à un rythme modéré depuis 2010. Il a gagné 1,0 point entre 2007 et 2014, année de sa stabilisation indique l’Insee notant que le temps partiel masculin progresse de façon continue.

Plus largement note l’Insee, 1,7 millions de personnes sont en situation de sous-emploi en France, soit 6,5% des actifs occupés. Il s’agit essentiellement de personnes à temps partiel souhaitant travailler davantage et disponibles pour le faire. Concrètement 1,6 millions de personnes dont près d’un quart recherchent activement un autre emploi. Depuis 2007 la part du sous-emploi a globalement augmenté d’un point.

Les pluriactifs (ceux qui cumulent plusieurs emplois notamment auprès des particuliers-employeurs) représentent eux 8,5% de l’emploi total en 2014. Leur effectif n’a cessé d’augmenter entre 2008 et 2011. Au plus fort de la crise donc. Cet effectif —stabilisé depuis cette date— a progressé grâce notamment à la création du statut d’autoentrepreneur.

Des séniors toujours sur le marché

Depuis 2012, signe des difficultés qui perdurent au plan de l’emploi, la part des pluriactifs exclusivement salariés est en recul de 0,3 point. Inversement remarque l’Insee, la proportion de salariés à titre principal exerçant une activité secondaire non salariée continue d’augmenter comme celle des non-salariés à titre principal exerçant parallèlement une activité salariée. Ce phénomène peut être lié à une insuffisance des revenus chez les actifs.

Balayant les caractéristiques du marché du travail et ses évolutions au fil des dix dernières années, l’Insee note la mutation effectuée au plan de la proportion de jeunes et de séniors en emploi. Ainsi, entre 2007 et 2016 la progression du taux d’activité des 15-64 ans est de deux points. Or, cette hausse est avant portée par les séniors.

Le nombre d’actifs âgés de 55 à 64 ans a augmenté de près de 1,4 million et leur taux d’activité a progressé de 13,7 points sur la période. Cela est dû explique l’Insee aux différentes réformes des retraites (report de l’âge légal de départ en retraite, augmentation de la durée de cotisation) ainsi qu’aux restrictions d‘accès aux dispositifs de cessation anticipée d’activité (dispense de recherche d’emploi, préretraite, retraite anticipée).

En 2016, la progression de la présence des séniors sur le marché du travail se poursuit (+1,1 point) mais à un rythme moindre. Ce ralentissement fait suite à l’assouplissement des conditions de départ en retraite anticipée pour carrière longue à partir de novembre 2012.

Les jeunes victimes du chômage

Contrairement à leurs ainés, les jeunes de 15-24 ans ont un taux d’activité qui ne cesse de diminuer depuis 2009 pour atteindre 36,9% en 2016. Or, ce taux était globalement stable depuis la fin des années 1990, après des décennies de baisse en raison de l’allongement de la durée des études. Pour l’Insee, depuis 2009 pour éviter la crise et donc un marché de l’emploi sinistré, les jeunes ont eu tendance à retarder leur entrée sur le marché du travail, cela à travers un allongement de la durée des études.

L’étude de l’évolution du marché du travail depuis 2007 ne pouvait faire abstraction d’un paramètre incontournable : le chômage. Après une forte hausse en 2009 puis une relative stabilité les deux années suivantes, il a progressé de nouveau entre 2011 et 2013 pour se stabiliser au-dessus de 10,0% jusqu’en 2015. En 2016, il diminue de 0,3 point par rapport à 2015 rappelle l’Insee.

En 2016 indique encore l’Institut, trois millions de personnes étaient au chômage (au sens du BIT/bureau international du travail). Le taux de chômage rapporté à la population active s’établissait à 10,1%. Ce taux a progressé de 2,1 points entre 2007 et 2016.

Depuis 2013 le taux de chômage des hommes est supérieur à celui des femmes. Ce phénomène est à relier notamment au net recul de l’emploi dans l’industrie et dans la construction, secteurs principalement masculins.

Le dur chômage de longue durée

En 2016, la part du chômage de longue durée au sein du chômage représente plus de 45% des chômeurs note encore l’Insee. Cette part a augmenté de 5,5 points depuis 2007. Ce chômage de longue durée concerne 1,3 million de personnes, soit 4,6% de la population active.

Le risque d’être au chômage est particulièrement élevé en phase d’insertion professionnelle remarque l’Insee. A la sortie des études, les jeunes sont les premières victimes de ce phénomène.

Le chômage doit être compris dans un sens beaucoup plus vaste que les statistiques régulières le laissent à penser. Il faut ainsi tenir compte d’un halo autour du chômage rappelle l’Insee.

Sur les 23,3 millions de personnes de 15 ans ou plus inactives au sens du BIT, 1,6 million ne sont pas considérées comme étant au chômage indique en effet l’Insee. Elles n’ont pas toutes les critères pour être déclarées au chômage mais leur situation s’en approche. 22% de ces personnes (350 000) recherchent par exemple activement un emploi mais ne sont pas disponibles dans les deux semaines pour travailler.

Le halo s’élargit

Plus largement 3,8% des personnes de 15 à 64 ans faisaient partie de ce halo en 2016. Signe d’un marché de l’emploi toujours en crise… Cette proportion a augmenté de 0,7 point depuis 2007.

Toujours au plan du dossier du chômage, l’Insee souligne la forte augmentation des demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi depuis 2007. Entre décembre 2007 et décembre 2016 le nombre de personnes tenues de chercher un emploi (catégories A, B et C) a ainsi augmenté de 2,5 millions.

Leur nombre s’est stabilisé à 5,8 millions en 2016 indique l’Insee rappelant que toutes catégories confondues (de A à E) on comptait 6,6 millions de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en France en 2016. Des facteurs réglementaires ou institutionnels ont amplifié le phénomène d’entrée à Pôle emploi indique l’Insee citant par exemple la réforme des retraite.

Enfin dans cette vaste étude sur l’état du marché du travail, l’Insee aborde bien sûr la question des salaires. Certes le salaire moyen dans le secteur privé renoue avec une hausse en 2014. Mais celle-ci est pour le moins modeste (+0,5%) liée notamment à la faiblesse de l’inflation. L’Insee souligne encore que l’augmentation des cotisations salariales pour la branche vieillesse et les retraites complémentaires au 1er janvier 2014 (+0,25 point) ont pesé sur cette évolution salariale.

Les salaires à la peine

Par ailleurs rappelle l’Institut de la statistique, cette hausse faisait suite à quatre années de stabilité ou de baisse… Entre 2009 et 2013 remarque encore l’Insee, si le salaire net moyen (en euros constants) des employés et ouvriers a très légèrement augmenté, c’est en raison notamment des revalorisations du Smic. Revalorisations minimalistes. Quant au salaire moyen des cadres et professions intermédiaires, il a reculé.

En ce qui concerne le revenu salarial annuel moyen (somme de tous les salaires perçus sur une année et prise en compte du volume de travail réalisé sur un an), l’Insee note une progression de 1% en euros constant en 2014.

Cette évolution est la même dans le secteur public que le privé précise l’Insee rappelant que de 2009 à 2013, ce revenu avait reculé de 0,3% en moyenne par an. Cela traduit notamment au plein cœur de la crise l’effet du recours des employeurs à davantage de flexibilité en termes d’intensité du travail dans l’année (accroissement du chômage partiel, réduction des heures supplémentaires) et de politique salariale (ajustement des éléments variables de rémunération).

Des dividendes pour les uns…

Alors que le revenu salarial annuel moyen (secteur public et privé) s’élève à 20 670 euros en 2014, l’Insee note que le revenu moyen d’activité des non-salariés classiques (hors autoentrepreneurs et agriculteurs) s’élève à 3 260 euros mensuels. Ce revenu avait diminué en 2008 mais était reparti à la hausse entre 2009 et 2011 avant un nouveau recul en 2012 et 2013. Depuis, en 2014, ce revenu a progressé de 1,6% en euros constants. Bien davantage que le revenu salarial donc.

Pour l’Insee, cette hausse du revenu moyen d’activité trouve sa signification dans la conjoncture. En 2014, les montants de dividendes perçus par les gérants de sociétés s’accroissent. La situation des autoentrepreneurs est, elle, moins enviable. En 2014, leurs revenus s’élèvent à 410 euros par mois. Le revenu de ces autoentrepreneurs a reculé de 1,9% entre 2009 et 2013 puis a accusé un nouveau recul de 1,8% en 2014.

Un gel salarial pour les autres

Dans le secteur public, tous statuts confondus (fonctionnaires, contractuels, contrats aidés), le salaire net moyen augmente de 0,8% en euros constants dans la fonction publique territoriale (qui a le salaire moyens le plus bas des trois branches de la fonction publique). Il augmente de 0,3% sur un an dans l’hospitalière et de 0,2% dans la fonction publique de l’État. Reste que ces hausses rudimentaires se comprennent en termes de moyennes rapportées au concept d’équivalents temps plein…

Par ailleurs souligne encore l’Insee, ces évolutions du salaire net moyen interviennent en 2014 après trois années de baisse qui avaient interrompu la progression des dix années précédentes.

Entre 2010 et 2013 le salaire net moyen avait diminué en effet de 0,5% par an an à l’État, de 0,8% dans l’hospitalière et de 0,7% dans la territoriale. Ces baisses s’expliquent principalement par le gel de la valeur du point d’indice servant à calculer les rémunérations des fonctionnaires assure l’Insee. Le point d’indice a été gelé de 2010 à 2016. Le gouvernement d’Édouard Philippe vient d’annoncer l’arrivée d’un nouveau gel en 2018…

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