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Elena Crasta, de la confédération britannique TUC : « Notre but est d’empêcher le Royaume-Uni de baisser le coût du travail »

Publiée le 12/05/2017

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Responsable du bureau européen de la confédération britannique TUC (Trades Union Congress) à Bruxelles, Elena Crasta livre ici l’analyse et les objectifs de son organisation face à la négociation du Brexit, qui s’ouvre entre le Royaume-Uni et les 27 États membres de l’Union européenne.

Il y a un an, le TUC appelait à voter contre le Brexit. Comment voyez-vous l’avenir maintenant ?

Elena Crasta : La majorité de nos affiliés a voté contre le Brexit. Mais à l’échelle du pays nous avons échoué, car notre message se référait à la nécessité de protéger des droits dérivés du droit européen il y a longtemps. Depuis vingt ans, l’Union européenne n’a plus joué le même rôle. Notre objectif reste de défendre les droits acquis de tous les travailleurs. Nos membres qui ont voté pour le Brexit [40 % – NDLR] méritent tout autant que les autres que nous les défendions.

Pouvez-vous nous donner des exemples de droits menacés par le Brexit ?

Elena Crasta : La directive européenne sur le temps de travail a permis que sept millions de travailleurs britanniques aient enfin droit à quatre semaines de congés payés. Une autre directive impose une période de consultation minimum de trente jours avant un licenciement collectif. Alors que la loi d’application au Royaume-Uni l’avait fixée dans un premier temps à quatre-vingt-dix jours, le gouvernement l’a abaissée en 2015 à trente jours. Si on retire maintenant ce seuil européen, on peut craindre le pire.

Le gouvernement britannique a proposé un projet de loi destiné à transformer le droit européen en droit national. Cela ne vous rassure-t-il pas ?

Elena Crasta : Non. Une fois le droit européen devenu droit national, il pourra être modifié à la baisse ou abrogé. À l’inverse, la loi de 1972 sur les communautés européennes, que le gouvernement veut abroger, établit que le droit européen est intégré au droit britannique et, surtout, qu’il prévaut en cas de conflit entre les deux. De plus, le gouvernement veut se donner le pouvoir, qui remonte à Henri VIII, de légiférer par décret ministériel sans passer par le Parlement. C’est tout sauf une reprise de contrôle démocratique.

Qu’espérez-vous des négociations entre le Royaume-Uni et les 27 ?

Elena Crasta : La feuille de route générale adoptée par les 27 le 29 avril établit que tout futur accord de libre-échange avec le Royaume-Uni devrait inclure des garanties contre le dumping social. L’ajout de ce paragraphe est le fruit de notre mobilisation. Mais avant d’en arriver à cet accord commercial, il faut d’abord négocier l’accord de sortie. La Commission européenne a dressé une liste des droits que le Royaume-Uni devrait maintenir pour les citoyens de l’Union européenne résidant sur son territoire. Mais les droits du travail n’y figurent pas ! Jouir du droit de résidence pour être maltraité sur son lieu de travail n’a aucun sens. En revanche, si l’UE incluait les droits du travail dans les droits à maintenir pour les résidents européens, cela ferait aussi barrage au gouvernement britannique dans sa volonté de niveler ces droits par le bas pour ses propres citoyens : comment dire à un salarié britannique qu’il va devoir prendre moins de congés que son collègue venu de France ?

Qu’avez-vous à dire aux salariés des autres pays ?

Elena Crasta : Notre but est de bloquer toute possibilité pour le Royaume-Uni d’imposer une concurrence déloyale, qui passerait notamment par une baisse du coût du travail, par le biais de l’accord de sortie et/ou par celui de l’accord commercial futur : c’est donc aussi dans l’intérêt des travailleurs des autres pays. Nous pensons qu’au lieu d’augmenter le contrôle aux frontières, il faut augmenter le contrôle du marché du travail et c’est ainsi que l’on évitera que les travailleurs migrants deviennent des boucs émissaires.

Propos recueillis par Evelyne Salamero

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