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La "santé au travail", c'est la médecine du travail sans médecin

Publiée le 02/04/2012

La pénurie médicale n’est plus à démontrer, dans tous les domaines. Elle n’est que la concrétisation de la politique de "baisse du coût du travail", mise en œuvre depuis des années par les gouvernements successifs, et que la pression de l’Union européenne et des marchés financiers veut encore accentuer.

C’est le cas pour la médecine de soins, avec la diminution de "l’offre de soins", liée au pillage de la Sécurité Sociale (salaire différé des salariés) par les exonérations de cotisations patronales. Il en est de même pour la médecine du travail, la démédicalisation allant de pair avec la dérèglementation, de par la loi du 20 juillet 2011, marquée du sceau du refus des syndicats de la branche (sauf la CFDT…) avant même sa promulgation.

Le terme de "santé au travail" a été introduit par la directive européenne du 12 juin 1989, qui restreint la responsabilité des employeurs en cas d’accident du travail, met en avant la responsabilité des salariés, rend facultative leur surveillance médicale et introduit la "pluridisciplinarité" dans les services, c'est-à-dire des salariés non-médecins, non pas en plus des médecins, mais à leur place !
Page 31 /N° 41 - Février 2012
Elle s’oppose à la loi du 11 octobre 1946, fondatrice de la médecine du travail, qui attribuait exclusivement aux médecins, les missions des services de médecine du travail, faisant d’eux des "salariés protégés" pour que leurs avis soient indépendants des pressions éventuelles, et leur donnait les moyens d’exercer en temps (le "temps médical" minimum pour surveiller un effectif de salariés en fonction des risques), avec des missions précises, en particulier la visite annuelle de tous les salariés et l’étude des lieux de travail, ces moyens étant contrôlés par l’inspection du travail et les comités d’entreprise.

La situation actuelle résulte de la mise en œuvre progressive de la directive européenne, avec carrément la suppression du "temps médical" en 2004, et l’attribution des missions non plus aux médecins, mais aux directions des services (émanation du patronat), par la loi du 20 juillet 2011.

Les médecins seront sous pression des directions pour la définition de leurs missions. Or, dans le respect de la déontologie médicale, "ils ne peuvent aliéner leur indépendance sous quelque forme que ce soit" (art. 5 du code de déontologie), et sont toujours des salariés protégés (ce qui n’est pas le cas des autres membres de l’équipe pluridisciplinaire).

Dans les entreprises où les salariés "subordonnés à l’employeur dans le cadre de leur contrat de travail", sont exposés à une précarité accrue, et à ce qu’il faut bien appeler "l’exploitation", génératrice de souffrance au travail, l’indépendance médicale a une importance particulière : les salariés peuvent toujours faire appel au médecin du travail, voire à l’inspecteur du travail et peuvent se faire aider par leur syndicat, pour préserver leurs droits et leur santé, même si les conditions sont plus difficiles qu’avant.

C’est pourquoi FO attache la plus grande importance à la préservation tant de l’indépendance médicale que de l’indépendance syndicale : c’est ainsi que, dans l’unité avec les autres syndicats, tôt ou tard, nous obtiendrons l’abrogation de cette loi.

Souffrance au travail : depuis 1998, nous avons assisté à l’apparition de trois nouveaux concepts :
• la souffrance au travail, aussi variée qu’elle puisse être,
• le harcèlement moral,
• le stress, reconnu et considéré comme une pathologie.

Depuis 2007, l’Institut de veille sanitaire recommande "une surveillance régulière de la santé mentale des populations en activité professionnelle".
Comme tous les ans, nous allons devoir affronter les négociations sur la "pénibilité au travail", "la souffrance au travail", les "risques psychosociaux"; voilà des jolies expressions qui vont nous motiver pour nous lever chaque matin…
Une fois de plus, nous allons assister impuissants, à la présentation de "plans d’action" de la direction.
Une fois de plus, nous allons assister à la mise en place de petits déjeuners d’équipes.
Une fois de plus, nous allons assister aux maigres efforts de la direction pour s’attaquer à un réel problème de santé publique qui est devenu le quotidien pour la plupart d’entre nous (et d’entre eux…).
Désormais, on parle des conséquences du travail sur les individus en termes pathologiques. Au nom du profit et de la productivité, nous avons oublié les fondements même de l’action de travailler.
Et si nous abordions le problème sous un autre angle ? Nous devrions nous positionner d’un point de vue plus philosophique :
_Qu’est ce qu’un bon travail ?
_Qu’est ce qu’une bonne façon de travailler ?
Sous cet angle, nous aurions plutôt tendance à parler de bonheur au travail, au lieu de souffrance, d’épanouissement et réalisation de soi, au lieu de stress. Voilà les objectifs que nous tous devrions suivre, pour la réussite de tous.
Parce que, ne nous voilons pas la face : s’il est recommandé de surveiller la santé mentale des populations en activité professionnelle, c’est avant tout parce que les individus, dans l’état actuel des choses, deviennent de moins en moins productifs.
Pourquoi continuer à exercer une pression constante sur les salariés dans le seul but d’en exploiter les qualités et les compétences comme s’il s’agissait de force physique?
Est-il tellement déplorable de croire qu’on pourrait tirer le meilleur des individus sans contraintes et sans violence, tout simplement en donnant du sens et de l’intérêt à notre quotidien professionnel ?
Le débat reste ouvert… mais avec qui ?
Pour l’instant entre nous.

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